Histoire d’une maison médiévaleLa découverte
En 1974, un jeune quimpérois à l’esprit d’entreprise, Monsieur André Le Roy, fit l’acquisition des anciens locaux d’une vénérable imprimerie, afin d’y installer un centre de soins esthétiques. Dans un premier temps, il ne prêta guère d’attention à une vieille bâtisse située au fond du hangar qui avait abrité les presses du précédent propriétaire. Cette partie de son nouveau bien était apparemment constituée de murs épais et aveugles, tout était sombre et d’aspect peu engageant. L’essentiel de son installation, la salle de gymnastique et les cabines de soins individuels, les vestiaires et sanitaires avaient été aménagées sous une ancienne verrière, assez vaste pour contenir le tout, le reste importait peu.
Cependant, environ deux ans plus tard, lors de la sécheresse de l’été 1976, l’activité du centre esthétique ayant quelque peu baissé, Monsieur Le Roy profita de ces loisirs quelque peu forcés pour faire du ménage et entreprit de vider le local de son arrière-boutique de l’amoncellement de gravats et de résidus divers de l’ancienne industrie qui encombraient encore ces quelques pièces apparemment insalubres car sombres et humides. Quelques journées de travail vinrent à bout de cette corvée. En voulant achever le travail par un lessivage des murs, il remarqua soudain quelques traces dans le plâtre, qui semblaient délimiter l’entourage d’une fenêtre. Intrigué, il alla chercher les outils adéquats et commença à gratter le plâtre qui enduisait cette portion du mur, découvrit en effet, des pierres qui , de toute évidence, avaient été posées bien après la construction du mur et obstruaient l’ancienne ouverture. Quelques coups plus tard, il rouvrait enfin un trou assez grand pour se pencher… et n’en crut pas ses yeux. Il avait débouché sur une enfilade de courettes, encombrées de cabanes de jardins et de constructions sommaires de toutes sortes, mais surtout avaient en face de lui plusieurs façades anciennes, remarquablement alignées, mais qui paraissaient délabrées et abandonnées de tous.
Appelé sur les lieux, un spécialiste n’eut aucune peine à identifier une véritable rue fort ancienne, apparemment inutilisée et inconnue. Il ne restait plus qu’à tenter de la rouvrir au public !
Une maison médiévale
L’observation de l’édifice autorise quelques hypothèses pour la reconstitution de son architecture. Il s’agit d’une maison sans doute érigée au XIVème siècle : les arcatures voûtées en ogive en rez-de-chaussée semblent l’indiquer. La porte d’entrée principale jouxtait un escalier en pierres, en colimaçon, dont les traces sont encore visibles.
La première modification importante de l’aspect extérieur fut la porte située à l’étage, immédiatement à l’arrivée de l’escalier primitif : son linteau est sculpté « en accolade », ce qui semble indiquer la fin du XIVème siècle, voire le début du XVème.
A l’époque de
Au siècle suivant, les fenêtres de l’étage supérieur furent aménagées selon la forme typique du XVIIème siècle : ouverture haute mais assez étroite, linteau simple, horizontal et rectiligne.
Pendant
Le XIXème siècle n’apporta pas de modifications majeures ; seul l’épais mur de façade nord fut percé de quatre fenêtres bien alignées. La réfection de la maçonnerie en cet endroit nous empêche de connaître l’aspect antérieur. En raison de l’affectation de l’édifice comme imprimerie, son utilisateur éprouvait le besoin de mieux éclairer l’intérieur, même par des ouvertures peu exposées à la lumière solaire. Mais il faut observer que, pour leur travail, les ouvriers typographes préféraient bénéficier d’une lumière provenant du nord, plutôt que d’être éblouis par une lumière trop vive et trop intense, venue du sud.
La fermeture de la rue
Vers 1740, un seigneur cornouaillais, François-Guillaume Du Haffond de Lestrédiacat, choisit de faire construire une résidence d’hiver en ville, pour n’occuper son manoir campagnard qu’aux beaux jours. Sans vergogne, il opta pour une bâtisse donnant sur la place Médard, à quelques pas de la poterne et du pont enjambant le Steir. Il l’a fit abattre et édifia à sa place un magnifique hôtel de quarante-deux pièces principales. L’inconvénient majeur était l’obturation d’une venelle qui circulait d’est en ouest, en provenance de la rue des Boucheries. Monsieur du Haffond n’en eut cure ; il se savait protégé par son beau-père, Monsieur de Robien, Président au Parlement de Bretagne.
Désormais obstruée à l’ouest, la rue perdit rapidement de son intérêt économique et, peu à peu, les riverains, peut-être encouragés par l’exemple impuni de Monsieur du Haffond, s’approprièrent chacun une petite parcelle de voie publique, ce qui fit qu’en moins d’un siècle, cette artère disparut des plans officiels de la ville.
Pour achever de clore cette artère devenue parfaitement inutile, vers la fin du XIXème siècle,
Trois siècles d’imprimerie
A la fin du XVIIème siècle, l’évêque de Quimper, Mpnseigneur François de Coëtlogon, était à la recherche d’un imprimeur compétent pour réaliser les travaux nécessaires à son diocèse. Il fit venir de Nantes un certain Jean Périer, qui s’installa en 1692 dans cette maison, suffisamment solide pour recevoir les lourdes machines et son matériel (réserves de papier, caractères de plomb, bidons d’encre). Nommé « maître imprimeur du Roi et du diocèse », il commença aussitôt à imprimer les livres de piété, catéchismes, vies de saints, revues religieuses et autres missels.
Son fils prit sa suite, puis un de ses gendres, en 1772, et les années passèrent, l’activité de l’entreprise ne cessant de croître, d’autant que la clientèle du collège des Jésuites vint s’ajouter aux précédentes. Sa veuve, Marie Jacquette Blot, née Périer, se remaria en 1779 avec Jean-Louis Derrien, lui-même imprimeur à Brest, qui préféra céder son entreprise brestoise pour venir travailler à Quimper, où il réalisa de nombreux documents administratifs, notamment sous
Puis, l’imprimerie passa au fils de Marin Blot et de Marie Jacquette Périer. Simon Marie Joseph Marin Blot, élève du Collège de Quimper, capitaine du 1er bataillon de D’une famille originaire des Côtes d’Armor, à 31 ans il épousa Mademoiselle Darnajou, fille d’un riche négociant en vins quimpérois, en 1858. Il était alors employé aux Contributions indirectes. En 1862, Eugène Blot lui vendit son imprimerie. Abandonnant sa situation de fonctionnaire, De Kerangal devint alors rédacteur en chef des revues imprimées dans la vénérable Maison Blot et imprimeur, gérant notamment « L’Impartial du Finistère », journal fondé en 1846.
Comme ses prédécesseurs, il devint l’imprimeur officiel du diocèse, « mouler an aotrou‘n eskop ». L’évêque, Monseigneur Sergent, lui confia en 1866 l’impression de la revue intitulée « Feiz ha Breiz » (« Foi et Bretagne »), destinée à une large diffusion, dans l’ensemble du Finistère. Sous
En 1905, lors de la séparation des Eglises et de l’Etat, l’évêché créa
Propriétaires successifs :
Une réhabilitation récente
Lorsqu’en 1976 la rue fut découverte et l’intérêt de la vieille maison reconnu, son propriétaire émit rapidement le souhait de la restaurer, afin de la rendre à l’admiration pu public. Plusieurs projets furent étudiés et le financement recherché. Enfin, en 1985, un permis de construire fut accordé et les travaux de construction d’une résidence nouvelle démarrèrent, malheureusement interrompus par des problèmes divers rencontrés par le promoteur, qui dut céder l’affaire à un repreneur. L’immeuble neuf fut achevé et les logements occupés, ce qui ne fut pas le cas des commerces prévus, handicapés par la non réalisation d’une rue d’accès.
En 1988, le vieil hangar métallique adjacent, couvert d’une verrière, qui abritait un commerce de brocante dénommé « Les Puces », fut rasé par les services municipaux : un embryon de rue était ainsi constitué. Mais les choses traînèrent en longueur, de nombreux obstacles administratifs ou divers s’élevèrent face au bon vouloir du propriétaire. Les années passèrent et la vieille maison, considérée par les spécialistes comme la plus ancienne construction civile en milieu urbain de tout le département du Finistère, n’était toujours pas restaurée et la rue restait close, interdite à la circulation.
Enfin, après de multiples démarches auprès de diverses autorités compétentes, les efforts furent récompensés et l’énergie investie put aboutir à l’obtention d’un énième permis de construire, à la réunion des énormes sommes nécessaires, au choix d’une entreprise spécialisée et les travaux de réhabilitation purent commencer à l’automne 2006, soit environ trente ans après la découverte de ce trésor caché en plein cœur du centre historique de Quimper. Aujourd’hui, depuis l’été 2007, touristes et Quimpérois peuvent contempler une maison vieille de plus de six siècles, avec son soubassement datant du milieu du XIVème siècle, les transformations successives de ses portes et fenêtres liées à l’évolution de la mode, et rêver à l’imprimerie qui y fut active, trois cents ans durant. Combien de Quimpérois y ont-ils travaillé sans ménager leur peine ?
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